Charles Onana sur Laurent Gbagbo, le droit à la différence

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Par Charles Onana

Certains m’ont accusé de parti pris en faveur de la France sur le dossier du Rwanda, généralement sans avoir lu un seul de mes ouvrages et parfois avec des connaissances sommaires ou erronées sur le sujet. Il me revient cependant que j’étais bien seul, en 2011, à publier une enquête sur le coup d’état de Nicolas Sarkozy contre Laurent Gbagbo. Le vent soufflait fort sur mon visage puisque Nicolas Sarkozy, le bouillant président de la République française, était en pleine campagne présidentielle pour une réélection en 2012. Pour être sûr que j’étais bien conscient de mon initiative, un proche m’a demandé si j’étais fou en m’attaquant ainsi à un chef d’état français en exercice et, de surcroît, connu pour sa « brutalité » et sa « violence ». C’est vrai que l’homme n’est pas très commode au regard de ce qu’il a fait en Côte d’Ivoire et en Libye.

Pour bien attirer mon attention sur « l’irresponsabilité » de mon acte, ce proche m’a demandé si j’avais vu ce qui était arrivé au président Laurent Gbagbo et à son épouse… Il ajoutait :  » les risques que tu prends sur la Côte d’Ivoire sont-ils vraiment nécessaires ? ».

J’ai souri en guise de réponse. Je lui signifiais poliment que j’ ‘avais fais mon travail même si certains prétendais que j’étais pro-Gbagbo ou que j’avais pris parti pour Laurent Gbagbo. Ai-je contribué très modestement voire involontairement, comme beaucoup, à sa défaite face à François Hollande? Je n’ai pas du tout cette prétention. Mon objectif très modeste et mon parti pris étaient plutôt la recherche de la vérité et je ne suis pas peu fier qu’elle triomphe aujourd’hui avec la libération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. J’avais reçu des insultes, des « crachats » et des « jets de pierres », comme j’en reçois souvent sur la tragédie du Rwanda.

Cela ne m’a jamais impressionné. Je suis convaincu qu’un jour, la vérité sur cette tragédie triomphera aussi. Je crois pouvoir dire en toute humilité que, jusqu’ici, je n’ai raté aucune de mes enquêtes, y compris parmi les plus difficiles en plus de vingt-cinq ans d’investigation. J’espère que sur le Rwanda et ma chère RDCongo, les Rwandais et les Congolais savoureront un jour, eux aussi, leur « victoire » comme les Ivoiriens savourent aujourd’hui la libération de leurs héros: Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

J’adresse donc, en cette période de joie et de bonheur et en cette nouvelle année 2019, à tous les Ivoiriens qui ont souffert de cette crise et qui ont tant espéré toutes mes félicitations et une bonne continuation… Q’u’ils retrouvent la paix, l’unité et la prospérité en Côte d’Ivoire… Je ne saurais oublier tous les Ivoiriens qui m’ont soutenu pendant cette période où remettre en cause le discours dominant sur Gbagbo était sacrilège. A tous, je dis merci. A la famille du président Gbagbo et de son ministre Blé Goudé, tous mes compliments pour les belles retrouvailles qui s’annoncent même si l’attente fut longue et éprouvante.